Les cinq preuves irréfutables que l’été s’achève

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J’en ai déjà brièvement parlé, mais il arrive ce point dans l’été où, soudainement, nous avons l’étrange impression que cette saison sera éternelle. Les longues journées de soleil où la chaleur nous pousse à ralentir le pas y sont probablement pour beaucoup. En effet, elles génèrent l’illusion d’un temps suspendu, nous faisant espérer que la douce euphorie qui nous berce depuis la fin du mois de mai se maintienne indéfiniment. Mais la vie, on le sait, est cruelle. Elle trouve toujours le moyen de nous envoyer des signes indiquant l’expiration imminente de notre bonheur. Je ne parle pas ici de rien d’explicite comme le serait, par exemple, un courriel envoyé par Bane où il nous prévient qu’il nous pètera solidement la gueule dans les jours à venir. Il s’agit plutôt de manifestations subtiles qui, sournoisement, apparaissent dans notre environnement et le contaminent à un point tel que nous ne pouvons plus les ignorer. Éventuellement, nous ne voyons plus qu’eux et nous grimaçons à cause de leur sens. Nous pouvons donc affirmer sans aucun doute que l’été s’achève lorsque…

 

5- La canicule migre vers le Sud

Bon, c’est peut-être difficile à croire pour le moment parce qu’il fait toujours atrocement chaud, mais cet été brûlant est sur le point de s’achever. Bientôt, nous devrons porter une petite laine lors de nos soirées nocturnes à espionner nos voisins. Traîner à une terrasse sera une activité obsolète puisque la brise de la fin d’été entraîne inévitablement le crépuscule des minijupes et des camisoles moulantes. Il sera également impossible de manger des popsicles sans passer pour des individus refusant de vivre dans le moment présent. Et pour tous ceux qui n’ont pas eu le temps d’aller à la plage ou aux glissades d’eau, ben yé juste trop tard.

Hon.

 

 

Il y a néanmoins un avantage. Enfin, les conversations futiles sur la météo vont disparaître. Pendant quelques semaines, plus personne ne nous dira «Hey, y fait chaud hein?» alors que nous le savons très bien puisque notre pied qui a fondu nous le rappelle à tous les jours. Bien évidemment, ce sera de courte durée car dès qu’arrivera l’hiver, nous aurons droit à cinq longs mois de pathétiques «Hey, y fait frette hein?».

 

4- Les publicités de matériel scolaire reviennent

S’il y a bien un signe universel que l’été s’achève, c’est celui-là. Encore plus que les changements de température, le retour des publicités de matériel scolaire annoncent haut et fort l’arrivée de l’automne et le retour à l’ordre. Pour les gamins, elles impliquent l’effritement tranquille de leur liberté candide puisque les heures de leurs vacances s’avèrent comptées. Ce ne sera plus qu’une question de jours avant qu’ils ne retrouvent les bancs d’écoles et les cours de gym de M. Mégot. 

 

 

La vision de ces commerciaux laisse un traumatisme profond chez l’enfant qui le suivra jusqu’à l’âge adulte. Ainsi, même si nous avons terminé notre scolarité depuis belle lurette, il est tout à fait normal de nous surprendre à pleurer lorsque l’on visionne une pub de cartable. Elle nous rappelle notre innocence perdue, alors que nous étions capables d’oublier nos soucis et de profiter pleinement de la saison estivale en faisant tout ce qu’il nous plaisait.

 

Oh que oui!

 

Car depuis que nous sommes entrés sur le marché du travail, la vie n’est qu’une succession de publicités de ciseaux, de colle et de crayons à mine A.

 

3- La télévision revient à sa programmation habituelle            

Chaque année, même rengaine. Téléromans et séries se terminent sur une révélation ou ce que les Anglais appellent un « cliffhanger » afin de terminer leur saison en gardant le spectateur en haleine. Les émissions de variété font un épisode spécial où l’animateur se remémore les meilleurs moments des derniers mois, et ce, même s’ il n’y en a pas eu un seul.  On remercie le public, on lui souhaite un bel été et on lui donne rendez-vous à l’automne.

 

« Direction: camping sauvage! »

 

Et après, on l’abandonne dans le brouillard de la saison estivale, probablement la période la plus excentrique de l’année télévisuelle. N’ayant plus d’émissions de haut calibre à offrir, les programmateurs se rabattent sur des productions légères dans l’esprit de la saison ou comblent leurs pages horaires en sortant des boules à mites d’étranges objets audiovisuels. Il ne semble y avoir aucune logique dans ce qui est présenté sur le câble, outre celle de remplir du temps d’antenne. Zapper devient alors une véritable aventure où, en allant d’une chaîne à l’autre, on peut tomber par hasard sur un épisode du roman savon Sisters, dans lequel on reconnaîtra peut-être un jeune George Clooney, une série B sympatoche, une infopub fleuve offrant les services d’une voyante ou encore un rare film de Raul Ruiz.

 

Ouf.

 

La télévision se transforme en dépotoir d’images abandonnées que l’on revisite uniquement à cause de la promesse d’un éventuel retour à la normale. Celui-ci est d’ailleurs annoncé haut et fort vers la mi-août. Enfin réapparaissent les visages familiers d’animateurs et de comédiens figurant dans des publicités pour la programmation d’automne. C’est comme si Radio-Canada, V télé et TVA nous disaient : « Nous sommes sincèrement désolés de l’aberrant manque de contenu des trois derniers mois, merci d’être néanmoins restés des nôtres! Soyez un peu patients, dans quelques semaines, nous reviendrons à la programmation habituelle. »

À en croire que même la télé, pourtant si paresseuse, a besoin de vacances.

 

2- L’exode des touristes

Tout à coup, nous n’entendons plus que des accents québécois dans la Petite Patrie. Nous ne faisons plus accoster dans les rues pour se faire demander où est le Rocher Percé. Il n’y a plus d’interminables files d’attente devant le Biodôme, le Stade Olympique ou aux guichets des stations de métro. Plus personne ne nourrit les ratons laveurs sur le Mont-Royal. Plus personne ne prend de photos dans la Banquise ou la Binerie. Le public des spectacles de jazz est composé… d’amateurs de jazz. La vente de portes-clés en forme de caribou est en chute libre.

L’été est terminé, les touristes ont quitté la ville et le Vieux Montréal est redevenu un no man’s land.

 

« C'est toi ma viiiiiiiille! »

 

 

1- De jolies élections

Le Québec est cette drôle de province où même les grèves étudiantes prennent congé lorsque arrive l’été. Bien qu'une campagne électorale s’avérait inévitable suite aux houleux événements des derniers mois, il aurait été tout simplement impensable qu’elle débute au mois de juillet. Il faut croire que lorsque le citoyen québécois est en vacances, il l’est politiquement. Qu’on ne lui demande pas de choisir qui gouvernera sa province alors qu’il fait toujours beau dehors, il n’en a tout simplement rien à foutre. Pauline Marois l’a d’ailleurs souligné dans une vidéo mise en ligne à la mi-juin où, je paraphrase, elle souhaitait à tous un bon été et un retour aux choses sérieuses à l’automne. Bref, nous discuterons quand nous serons tous à tête reposée.

Si l'on a beaucoup parlé du récent printemps québécois, qu’en a-t-il été de l’été québécois? Il serait injuste de le qualifier d’aveugle par son apolitisme, mais force est d’admettre que les débats sur la hausse des frais de scolarité et le Plan Nord ont été bien souvent écartés au profit de sujets plus propices aux vacances. Alors peut-être que le seul exploit de cet été québécois a été réalisé par tous ces manifestants qui ont continué le combat afin de nous garder conscientisés. Que nous soyons en accord avec eux ou non, ils nous ont tous poussé à réfléchir sur le futur de notre nation en nous invitant à justement prendre position. La vision d’un simple carré rouge a suffi pour nous empêcher d’oublier.

Ce sont ces individus qui, plus que quiconque, auront vaincu le pouvoir soporifique de l’été. Car bien que nous nous sommes tous amusés lors de ces dernières semaines, nous sommes néanmoins demeurés responsables, informés et prêts à passer à l’action. Le temps de jouer est à son apogée et bientôt, nous devrons tous prendre une décision. Notez vos calendriers, ce moment viendra le 4 septembre prochain, quand l’été sera bel et bien terminé.