Ruer dans les brancards (d’H&M)

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Je ne suis pas certaine de pouvoir garder la tête froide. 

Je suis fâchée. Je dirais même horrifiée. 

Petite mise en contexte pour une chronique de femme outrée. 

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Celle de gauche est particulièrement inquiétante, avec son cou fin et sa tête trop petite.

 

Il y a quelques semaines, les nouveaux mannequins synthétisés par ordinateur d'H&M ont soulevé la controverse. Dans les médias, on s'est affolé: que faire devant ces cyborgs parfaits de la beauté féminine?

Moi-même légèrement inquiétée par cette tendance à l'uniformisation du corps, j'étais rassurée de voir la presse - féminine ou pas - réagir. Nous n'étions encore complétement amorphes devant le sapin que tentait de nous passer l'univers de la publicité (parce que de toute évidence, H&M n'est pas la seule ligne de vêtements à utiliser des mannequins-robots pour sa pub).

Or, ce matin j'ai vécu une pronfonde déception. Dans son blogue hebdomadaire sur Urbania, Judith Lussier décide de jouer les avocats du diable avec son article «À la défense d'H&M».

Et on dirait qu'à trop vouloir être controversée dans la controverse (c'est-à-dire crier le contraire de ce que la majorité pense), madame Lussier s'égare. Profondément. 

Elle dit ne pas être offusquée par les corps créés par ordinateur parce que le fait que ces corps soient assumés (et déclarés par H&M) comme tels annule leur effet de réel. Or, dois-je rappeler qu'à ces corps virtuels on a tout de même cru bon d'apposer un visage réel? Le visage est le moteur de l'identification. Par superposition d'une indentité réelle - le visage - à une corporéité virtuelle, H&M annule - vicieusement - la soi-disant transparence annoncée. Et puis, pour le besoin de la cause, rappelons que ces corps ordinés ont été justifés par la compagnie ainsi: «Ils peuvent faire adopter des positions qui mettent plus en valeur les vêtements que si des êtres humains les portaient eux-même» [1]

Bordel! Qui va porter ces vêtements, si ce n'est pas des être humains? Mon chatMa poupée Barbie? Et si je ne réponds pas à ces mensurations, fais-je un fashion-faux-pas en les achetant?

Ensuite, l'article se perd en problématiques qui n'ont qu'un lien bien indirect avec la polémique. Certes, toutes publicités, photographies, magazines présentant des corps de femmes dits parfaits resoulèvent le débat de l'anorexie. Madame Lussier défend ainsi la maigreur des modèles :

«Je n’ai pas envie que la norme, ce soit d’avoir quelques livres en trop. Que les gens regardent les vêtements sur des corps qui leur ressemblent, validant leur propre débordement lipidique. Les filles d’H&M, selon moi, sont parfaites. Et si elles donnent envie d'aller au gym, pourquoi pas.»

Ces phrases, qui font l'apologie de la minceur sous des prétextes de santé, sont le symptôme grave d'une aseptisation navrante du corps de la femme. Les corps affichés ne sont pas des corps parfaits (d'ailleurs, qu'est-ce au juste qu'un corps parfait?). Ce sont des représentations, noyées parmi d'autres représentations identiques. Toujours identiques.

La question n'est pas de savoir si on devrait s'insurger contre l'obésité vs. l'anorexie. Mais plutôt de crier haut et fort qu'on est écoeuré d'être bombardé d'images uniformisées de la femme. Ce qui nous inquiète, à La Diagonale, c'est d'être encore et encore devant une image de la femme nettoyée, déformée, idéalisée.

Et pire: que cette image ne nous choque plus.

Que ces mannequins soient ordinés ou pas ne change que peu de choses (à part peut-être le prenant sentiment d'inquiétante étrangeté qu'ils provoquent - Freud se retourne dans sa tombe). S'ils avaient été "réels", ils auraient tout de même véhiculé encore et encore un corps de femme déconnecté de la réalité. Ces corps ne sont pas trop maigres. Ils ne font pas l'apologie de l'anorexie. Mais ils normalisent, standardisent toujours le concept de beauté corporelle.

Madame Lussier nous assène le coup de grâce: «On voit des mannequins de taille parfaite dans les vitrines de magasins depuis des décennies et on ne s’en offusque pas.»

JUSTEMENT. 

Offusquons-nous. Nous sommes contre la femme faire-valoir. Qu'on le sache.

Et puis comme le souligne très bien Gaudette, notre chroniqueur invité, en commentaire dudit article: «À une époque également, on ne voyait pas d'afro-américains dans les autobus publics, de gais s'afficher publiquement, de femmes voter... et peut-être a-t-on eu raison de s'en offusquer. Le problème d'obésité est une chose, la représentation de l'image du corps féminin émacié en est une autre. Il ne faut pas tout mélanger pour essayer de justifier des propos rétrogrades affligeants.» [2]

Je suis fâchée. Déçue.

Bien qu'il soit souvent intéressant de soulever le revers de la médaille, je crois - à l'instar de Gaudette - qu'il n'est pas toujours bon de s'opposer pour s'opposer. Parfois, c'est en parlant ensemble qu'on fait bouger les choses. 

En attendant, je rue dans les brancards. 

Commentaires

L'idéalisation des corps est

L'idéalisation des corps est un réflexe humain qui existe depuis des millénaires. Depuis l'Antiquité. Depuis les premiers dessins sur les murs des cavernes. Si on en est là encore aujourd'hui, c'est pas à cause de la pub et des grands méchants designers. Dans les années 50, une femme maigre n'était pas considérée comme attirante. Et puis fuck, dans toute l'histoire de l'art il y a des représentations canoniques, qui diffèrent selon l'époque.
Ya probablement qu'une minorité qui seraient prêts à partir en guerre pour de vrai pour faire changer ça. Mais ÇA NE CHANGERA PAS. Et si ça change, y'a une autre gang de frues qui vont trouver quelque chose à dire.
C'est la vie. C'est les humains.

Pis l'monde va pas arrêter d'acheter de la guénille chez H & M pour aussi peu.
Oui c'est stupide de mettre une vrai tête sur un faux corps, et ça me ferait vraiment chier si dans une autre vie ça m'arrivait, mais je pense que ce doit être le seul point sur lequel les critiques devraient se concentrer.

Je crois que la différence,

Je crois que la différence, c'est qu'aujourd'hui, nous sommes baignés dans un monde d'image beaucoup plus important qu'il ne pouvait l'être à d'autres époques.
Nous sommes donc confrontés beaucoup plus et beaucoup plus tôt à ces ''idéaux", qui, et c'est là le problème, deviennent des "références".

mouais

Mouais, l'argument historique est un peu navrant.

Genre, la guerre existe depuis la nuit des temps, idem pour le nettoyage racial. C'est la vie, c'est les humains. Laissons donc les choses suivre leur cours!

Non seulement est-il navrant, mais je trouve qu'il ne s'applique pas vraiment à la publicité, dont la force de frappe sur l'imaginaire global planétaire est sans précédant.

Et je trouve cet imaginaire lassant, pauvre et débile. Je revendique donc le droit à la multiplicité dans la représentation des corps.

(Même si ça ne changera pas et que c'est doooooooooont dommage parce que la vie est ainsi faite.)

le témoignage d'une maigre

Je suis outrée. Pas du fait qu'on le veuille défendre HM (on a le droit de se faire l'avocat du diable) mais par certains des arguments avancés par madame Lussier, qui je pense, se trompe vraiment sur les véritables enjeux du débat. J'ai une maigreur constitutionnelle, Je fais partie de ces femmes dont madame Lussier dresse un portrait aussi rapide que mauvais, je cite : "des filles qui font juste écœurer parce qu’elles mangent dix fois plus que moi et ne font rien pour entrer dans du 24. Triste de même. " Sachez que je ne suis ni triste, ni écoeurante et que si je mange 10 fois plus que toi, c'est pour pouvoir le maintenir, mon pauvre petit poids! Mais cela, j'ai pas le droit de le dire que c'est pas toujours le fun de manger comme 10, parce que moi, J'ai de la chance, je rentre dans une petite taille! J'ai mpeme pas le droit de rêver à avoir des formes généreuse parce que je suis ce que tu voudrais être! "ironie bien sûr!"
Je ne vous félicite pas madame Lussier, de faire de la maigreur une figure parfaite de l'antithèse : La cible à atteindre autant qu'à abattre. Pour toi, je suis en même temps celle qui te donne envie d'être ainsi et l'anorexique du coin, tout en mangeant comme 10, en étant écoeurante en même temps que plus désirable et plus saine?
Merci la Fille de remettre le débat là où il doit se placer. La question n'est pas de savoir s'il faut être maigre ou grosse (et en plus dans cette histoire, madame Lussier en oublie le juste milieu, le poids moyen). Elle n'est pas non plus de savoir si HM cherche à nous berner en quoique ce soit et si nous sommes assez cruches pour gober les mensonges de la pub. Mais plutôt de savoir qu'elle image de la féminité veut-on bien laisser placarder sur les murs?
A mon sens, il ne devrait pas y avoir que des mannequins 24 ou des mannequins tailles fortes, il devrait y avoir de tout! Des petites, des grandes, des grosses, des maigres, des moyennes, des avec lunettes, sans lunettes, en fauteuil roulant, de toutes nationalités, de tous physiques! ET si justement HM voulaient vraiment déshumaniser les mannequins alors ils devraient choisir cette option car c'est dans le nombre qu'on noie l'unité!

Les articles comme ceux de madame Lussier ne servent à prouver qu'une seule chose, nous sommes nos propres ennemis!
Réveillons-nous! Arrêtons de nous regarder et nous comparer les unes aux autres et apprenons à respecter véritablement nos corps!
CEla veut dire quoi?
Déjà qu'un IMC est un indicatif qui n'est révélateur qu'au regard d'autres facteurs : La génétique, l'âge, l'activité physique (travail et dépense énergétique obligatoire), le bien-être psychique de la personne. Ainsi, mon IMC idéal n'est pas le même pour ma voisine!!!
Respecter son corps, c'est pas forcément bouffer que des carottes et aller au gym tous les jours! C'est accepter ce que la génétique nous a donné en l'entretenant au mieux pour être en santé!
Le pire dans tout cela, c'est que ce n'est qu'une question de mode! Y a pas si longtemps chez nous et même encore actuellement dans certaines cultures, la maigreur n'est pas un signe de beauté.
Alors je terminerais par cela, lâchez la grappe des maigres! Si vous avez un problème avec votre poids c'est pas de notre faute, on est pas venues sur terre pour vous culpabiliser ou quoique ce soit! régler vos problèmes d'estime de vous et acceptez de vous placarder sur les murs telles que vous êtes, telles que nous sommes toutes, différentes!!!
Merci de tout coeur La Fille, pour cet article si juste. Heureusement, il y a encore des femmes pour se battre, s'offusquer et ne pas regarder le train passer sans rien faire!

À la limite

Dans la mesure où la raison d'employer les images de synthèse est bel et bien de visualiser "des positions qui mettent plus en valeur les vêtements que si des êtres humains les portaient eux-mêmes" (aspiration bizarre s'il en est), je dirais que ces corps d'une minceur toujours aussi débile, à la limite, passent. Les visages, eux, sont totalement superflus.

Et puis "Les filles d’H&M, selon moi, sont parfaites"... J'ai tu vraiment besoin d'en rajouter là-dessus?

Unique

Les corps des pubs de H&M ne sont pas parfaits. Ce sont des copies conformes identiques. Un corps parfait doit commencer par être un corps unique. Et ensuite, la définition de parfait, elle change pas mal d'un regard à l'autre. La tristesse du truc, c'est de tenter d'imposer une seule perfection, ou même de prétendre avoir trouvé la perfection avec un ordinateur. Qu'on le veuille ou non, les compagnies comme H&M ont un pouvoir sur l'imaginaire collectif. Dommage qu'ils s'en servent pour renforcer un modèle unique plutôt qu'une multiplicité.m'enfin, fuck H&M, moi j'ai un corps parfait, z'auraient du me prendre comme modèle. Euuh..

Wow.

Amen.

j'pense que c'est tout ce que j'ai à dire, tu m'as ôté les mots de la bouche.

Personnellement je vois

Personnellement je vois l'argument de H&M comme la preuve qu'il ne cherchent pas à produire un modèle ou un idéal.
Ils veulent juste faire quelque chose de beau qui vend. ( Ou peut-être même créer une controverse comme le Benetton Unhate)

L'argument des faces réelle ne prouve rien. Ça aurait très bien pu être la parce que c'est moins chère de photoshoper une face que d'en faire une détaillé par ordinateur. Une autre explication c'est qu'entre l'effet cartoon et le réalisme parfait il y a une zone "cadavre" qui est plutôt déplaisante. Aussi avec le nombre de maquillage, photoshop et autre... La face c'est une image de synthèse plus qu'une photo réelle. Il y a des vrais gens en dessous des bonhommes bleu d'avatar, mais ça fait pas une vraie image.

Pour moi l'argument du mannequin pris comme modèle par les pauvres petites filles ... c'est le même argument que celui où les jeux vidéo rendrait violent. Les gens sont capable de faire la distinction entre la pub et la réalité.

Les architectes imaginent de beau bâtiment, les décorateurs intérieur, des décors de rêve. Les photographe de bouffes, les plus belles mises en scène pour le sandwich du McDo, et les designer les plus belles mises en scène pour leur vêtement. Et ce n'est pas plus un idéal atteignable que d'essayer d'être batman ou superman. Il y a aussi les yatch de luxe et les auto de collection impossible à acheter.

Et pourtant de ce lot la il y a juste les modèles de filles qui dérangent. Pourquoi ?

Sympa la comparaison entre le

Sympa la comparaison entre le corps des femmes et le sandwich McDo. Il est justement là le problème.

Je crois que tu as un bon

Je crois que tu as un bon filon la Fille, la question n’est pas un problème de sororité entre femmes, il s’agit d’une prescription d’identité. Si vous voulez être femme, voici le corps dont vous avez besoin et que vous devez atteindre.

S’il y a un problème avec les mannequins et pas avec le travail des architectes ou de l’alimentation (Charmant d’ailleurs), c’est parce que d’une part on touche à l’humain, et d’autre part parce que la superposition des images, uniquement dans un sens, celui de la minceur, finit par condenser toutes les possibilités en une seule. Tous les panneaux publicitaires, une grande majorité de films, la télévision, le discours courant qu’il soit imprimé ou non, convergent. Oui les gens moindrement alertes ont un regard critique, mais que dire pour sa santé mentale quand on est constamment bombardé, à tous les jours de cette unique possibilité. On demande donc de toujours répondre contre cette prescription, de résister 2-3-6-8 fois par jour même inconsciemment : Pourquoi n’êtes-vous pas mince déjà?

Il s’agit d’un système, ce n’est pas réfléchi, il n’y a personne qui ricane comme un vilain de James Bond dans une bat-cave, juste une étendue d’ignorance et toutes les contradictions qui la constituent et la rendent plus difficile à combattre.

-Je tiens à mentionner aussi que H&M n’a admis que ses mannequins sont faux qu’une fois qu’ils ont étés prit la main dans le sac, probablement plus parce qu’ils sont gènés de voir leur raccourcit mit à jour que pour le problème éthique.

-Freud se retournant dans sa tombe devrait être une source d’énergie renouvelable

-Ah et pour l’argument historique, y’a une chose du 20ème siècle qu’on connaît comme le combat des identités. Le politiquement correct, ça signifie vouloir être considéré comme un humain à part entière et être adressé ainsi.

Sinon, l'argumentaire de

Sinon, l'argumentaire de Lussier sur les filles qui sont belles grâce à une certaine discipline. Je côtoie parmi les meilleures tri-athlètes du Canada et aucune d'entre elles n'appartiennent au stéréotypes virtuels qu'H&M nous présente, et elles sont en très très bonne santé.

N'empêche c'est moi où les vêtements aussi ont l'air faux ?

Merci la fille!

Merci d'avoir répondu à Mme Lussier. J'étais tellement découragée après avoir lu son texte.