Commis le 26 juin 2012 par La Fille
Dans mon enfance, lorsque mes parents écrivaient, appelaient ou demandaient à rencontrer mes profs, c'était pour deux raisons, exclusivement:
- Le ou la prof avait osé laisser passer une faute dans un communiqué, un exercice, une convocation diverse;
- Le ou la prof avait noté une faute qui n'en était pas une dans un de mes textes soumis en classe.
Oui, mes parents étaient ce genre de parents chiants que tout prof prie pour ne pas croiser sur son chemin.
Et moi, j'étais la petite fille à lunettes honteuse, mais tout de même fière - deep deep down - d'avoir utilisé un mot, une tournure de phrase, une expression que son ou sa prof ne connaissait pas.
Ce n'est que plus tard que j'ai compris combien ils avaient eu raison. Et qu'au fond, ce faisant, ils n'avaient jamais manqué de respect au professeur et que leurs «réprimandes» n'avaient jamais été teintées de mépris ou de condescendance, mais avaient toujours été faites dans le plus grand soucis de justesse, d'équité et de surpassement.
Soucis que j'ai retrouvés, cette semaine, en lisant la chronique de Foglia.
Son article reprend, entre autres, le sempiternel problème «Faut-il conserver ces choses peu utilitaires que sont la philosophie et la littérature comme cours obligatoires au cégep?» et y répond avec beaucoup de bon sens. Et de sensibilité.
Foglia y souligne un point fondamental:
On parle couramment des enfants de la réforme, on oublie les parents de la réforme qui viennent avec. Si on baisse la barre d'un cran à chaque réforme, ce n'est pas seulement pour s'ajuster au niveau des enfants, mais aussi à celui des parents (et de la population en général) qui se contrefoutent que leur rejeton ne lise aucun livre et ne sache rien, n'ont-ils pas des ordinateurs qui savent tout? Ce parent-ci l'a très bien compris puisqu'il réclame une nouvelle réforme, cette fois au collégial...
Mes parents ne sont jamais rentrés dans ce moule, et je leur en sais gré.
Les lettres, la philosophie et tous les textes auxquels ces disciplines s'abreuvent devraient servir à enseigner un savoir, plutôt qu'un savoir-faire. Elles ne devraient pas être leurs outils pour répondre à des compétences fixées dans un long PDF sans fin. (Et, pendant que j'y suis, ces compétences ne devraient pas être fixées - en majorité - par des pédagogues ayant peu ou pas d'expérience de terrain.)
Ces disciplines devraient être fondées sur une démarche intuitive et non déductive. Qu'on oublie un peu qu'au bout des deux ou trois années passées au collégial, il y a un examen bête et méchant dont dépend notre diplôme.
La chronique de Foglia m'a plus que jamais donné envie d'enseigner.
De donner à lire à mes étudiants Voyage au bout de la nuit et de passer 1h30 à leur expliquer pourquoi le «Ça a commencé comme ça» que nous lâche Bardamu en première phrase est renversant.
Barthes disait que la littérature, c'est tout ce qui s'enseigne. Alors, moi, je me dis que sky is the limit.
Cessons, une bonne fois pour toutes, de viser le bas.
Dit-on au professeur de mathématiques que son exercice est trop difficile? Qu'il est inacceptable que son enfant y bosse plus de quelques minutes? Non. Ça fait partie du jeu.
C'est pareil pour Molière, Corneille, Flaubert, Hébert, Ducharme, Saint-Denys Garneau, Mavrikakis. Il faut comprendre la mécanique. Il faut comprendre la musique.
Assoyons-nous, étudions la partition.





Commentaires
Je suis toujours ravie
par MCT - 27/06/12
Je suis toujours ravie lorsqu'il est question d'éducation, puisqu'il s'agit d'un sujet trop peu abordé (même, comme le mentionne aussi Foglia, en ce printemps...), parce que peu valorisé (ce qui cause trop souvent le nivellement par le bas). Je terminerai en vous disant merci et en mentionnant que votre prof aurait laissé sur votre texte quelques marques de crayon rouge que vos parents auraient été bien en mal de contester ;)
Bien vu
par La Fille - 27/06/12
Tout à fait. Merci de votre commentaire.
Il est toujours bien embarrassant de parler d'orthographe et de syntaxe en laissant passer des fautes.
Et rassurez-vous, mes parents n'ont jamais fait dans la dentelle - non plus - en ce qui a trait à mes erreurs. ;)
J'AIME PAS FOGLIA.
par LapinRieur - 27/06/12
J'AIME PAS FOGLIA.