L'Internet contre la censure

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La guerre est déclarée. Hier, le groupe de pirates informatiques Anonymous a attaqué les sites du FBI, de Universal Music et de la Recording Industry Association of America. Cette offensive est survenue quelques minutes après que la justice américaine ait mis hors-ligne le populaire site de téléchargements Megaupload, sur lequel se trouvait nombre de fichiers protégés par le droit d’auteur, que ce soit des films, des séries télévisées ou des pièces musicales.

Ironiquement, la fermeture de Megaupload et l’attaque subséquente d’Anonymous est survenue le lendemain d’une des plus grandes manifestations que le web ait connu. Des centaines de sites ont fermé leurs portes mercredi pour protester contre deux projets de lois anti-piratage à l’étude aux Etats-Unis. Wikipédia, Reddit et même Google ont participé à ce mouvement de protestation.

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Le Stop Online Piracy Act (SOPA) et le Protect Intellectual Property Act (PIPA) sont débattus à la Chambre des représentants et au Sénat, respectivement. L’essence même de ces deux projets de loi est noble : empêcher la propagation de fichiers piratés sur le web. Toutefois, la fin ne justifie pas les moyens.

La justice américaine peut présentement s’attaquer à tout site qu’elle soupçonne de participer à des opérations de piratage de fichiers, comme Megaupload. Toutefois, la majorité de ces sites sont hébergés à l’extérieur des Etats-Unis, donc hors de portée des autorités (les serveurs du plus important site de téléchargements illégaux, Pirate Bay, se trouvent en Suède).

Les nouvelles lois obligeraient donc les fournisseurs d’accès à Internet (Verizon, AT&T, Bell et Vidéotron au Québec) à empêcher leurs utilisateurs d’accéder aux sites considérés illégaux. Pour aller encore plus loin, l’industrie de la musique et du divertissement pourrait poursuivre en justice n’importe quel site/blog/engin de recherche qui redirigerait ses utilisateurs vers un de ces sites.

En gros, l’industrie de l’entertainment américain deviendrait la police du Web, en s’attaquant à tout site qui fait la promotion des téléchargements illégaux, ou même qui brise une seule loi du droit d’auteur. Cela signifie qu’en utilisant cette image de Garfield sur le site de la Diagonale…

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… nous risquerions d’être poursuivis en justice par Jim Davis, et votre site internet préféré devrait alors fermer ses portes. Misère.

Et ce ne sont pas que les blogs qui sont menacés par ces nouvelles lois. En novembre, neuf des plus grandes entreprises informatiques américaines ont envoyé une lettre ouverte au Congrès pour signifier leur opposition à SOPA et PIPA (AOL, eBay, Facebook, Google, LinkedIn, Mozilla, Twitter, Yahoo! et Zynga). Ils soutiennent que les nouvelles lois vont sérieusement limiter l’innovation sur le Web ainsi que la création de nouvelles entreprises technologiques et de nouveaux emplois. De plus, des sites comme Facebook et Twitter seraient responsables du contenu diffusé par leurs membres, ce qui risquerait également de les mettre en faillite.

Le piratage a déjà fait perdre des centaines de millions de dollars à l’industrie de la musique et à Hollywood. Des sites tels que Pirate Bay ne devraient pas exister, mais la censure du Web par des intérêts privés n’est pas la solution. Le Congrès américain a reporté le vote sur le projet de loi SOPA à la lumière des critiques énoncées au cours des derniers mois et compte l’étudier en profondeur pour le rendre plus juste.

Toutefois, le Sénat doit se prononcer sur PIPA dès le mardi 24 janvier. Nous verrons alors si les politiciens américains auront entendu les craintes du Web. Sinon, la guerre amorcée hier par les pirates d’Anonymous, qui se battent pour un Internet libre et sans censure, risque de s’envenimer.

Seconde lecture: Michael Geist, chaire de recherche du Canada en droit sur Internet et en commerce électronique de l'Université d'Ottawa explique l'impact potentiel de SOPA et de PIPA sur les internautes canadiens. Aussi, un vidéo qui nous démontre assez simplement les risques associés à ces deux projets de loi:

PROTECT IP / SOPA Breaks The Internet from Fight for the Future on Vimeo.