Il n’y a que les fous qui ne changent pas d’avis

Skip to main content

Il n’y a que les fous qui ne changent pas d’avis.

Ce vieux proverbe illustre parfaitement les bouleversements actuels sur la scène politique québécoise. En moins d’un an, pas moins d’une douzaine de députés ont changé de chemise. Louise Beaudoin, Pierre Curzi et Lisette Lapointe ont parti le bal, en délaissant le Parti québécois pour siéger comme indépendants. Jean-Martin Aussant en a fait de même, créant également un nouveau parti souverainiste, Option nationale. De leur côté, Benoît Charrette, Daniel Ratthé et François Rebello ont préféré adhérer à la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault.

557

Du côté de l’Action démocratique du Québec (ADQ), la crise est d’autant plus grave, alors que nous pourrions assister à la mort du parti de droite. Les quatre députés de l’ADQ ont proposé la fusion avec la CAQ et ont prêté allégeance à François Legault. La fusion doit être entérinée par les quelques 2500 membres de l’ADQ, ce qui n’est pas chose faite. Deux ex-adéquistes, Éric Caire et Marc Picard, ont également rejoint la CAQ après avoir siégé pendant deux ans comme indépendants.

Alors qu’à pareille date l’an dernier, le Parti québécois possédait 52 sièges à l’Assemblée nationale, il n’en a plus aujourd’hui que 44. De son côté, la CAQ pourra compter sur neuf députés à la reprise des travaux à Québec en février. Si François Legault réussit à attirer trois parlementaires de plus dans son giron, son parti sera officiellement reconnu à l’Assemblée et aura droit à un temps de parole.

La ligne de parti

Opportunistes. Vire-capot. Traîtres. Les députés transfuges se font traiter de tous les noms par leurs anciens collègues. Mais faut-il les blâmer pour autant? Après tout, demande-t-on aux électeurs de toujours voter pour le même parti, de toujours avoir les mêmes valeurs, le même avis sur la chose politique? Bien sur que non. Certains électeurs vont faire preuve d’une loyauté sans borne envers un parti, tandis que d’autres réévaluent leur allégeance d'élection en élection. Le même principe devrait-il s’appliquer à nos députés?

On ne peut obliger un député à suivre aveuglement son chef. La ligne de parti à ses bénéfices, oui, mais il ne faut pas étouffer la voix des parlementaires pour autant. Si l'on perd confiance envers son chef, envers son parti, mieux vaut prendre ses distances, plutôt que de maugréer dans son coin.

Évidemment, il y a différentes façons de s'y prendre. Siéger comme indépendant permet au député d'éviter les étiquettes de vire-capot et d'opportuniste, mais il perd du coup tout pouvoir à l'intérieur de l'Assemblée; un député seul ne fait pas long feu (sauf si tu te nommes Amir Khadir, alias Capitaine Solidaire).

Joindre une autre formation politique devient alors tentant, mais le prix à payer est élevé, comme nous avons pu le constater. Certains le font par opportunisme. D'autres le font par réelle conviction (du moins, je me permets de l'espérer). Difficile de différencier l'un de l'autre, et c'est la lourde tâche qui attend ces politiciens. Ils vont devoir se démener pour prouver qu'ils adhèrent véritablement aux valeurs de leur nouvelle formation politique.

Affronter l'électorat

Tout ce débat deviendra caduc le jour de l'élection. Les électeurs seront les seuls juges de la bonne volonté des députés. Certains seront élus sous leur nouvelle bannière; d'autres ne parviendront pas à se faire pardonner. Plusieurs critiques des transfuges exigent que ceux-ci se soumettent immédiatement à une élection complémentaire, pour que le citoyen ait son mot à dire. Une proposition sensée, certes, mais comme notre système politique n'oblige pas les députés transfuges à se soumettre à ce genre d'exercice, aussi bien attendre la semaine des quatre jeudis.

Ironie du sort: Éric Caire avait une telle proposition dans son programme politique, un fait que les journalistes n'ont pas hésité à lui rappeler lorsqu'il a rejoint la CAQ. L'ex-adéquiste a manifestement changé d'avis sur la question...

Oui, il n'y a que les fous qui ne changent pas d'avis. Mais à toujours changer d'avis, on risque de perdre toute crédibilité.