C'est toujours un sport d'équipe, première partie

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Une des valeurs les plus importantes au coeur de l’activité sportive est certainement la coopération. En effet, pour être un grand sportif, il faut accepter qu’on aura toujours besoin des autres membres de son équipe; qu’il faut leur faire des passes; les encourager en tout temps, surtout quand ils traversent une mauvaise passe; ne pas être envieux des salaires mirobolants des autres joueurs plus vedettes que soi; tolérer l’hygiène négligée de son co-chambreur dans les longs périples à l’étranger (on peut aussi exceptionnellement réclamer son échange auprès du directeur général dans les cas de type « odeur de fromage français présumé délicieux »).

Et les coéquipiers, il faut les apprécier, même si leurs actions peuvent vous coûter le match. Parlez-en aux joueurs des Devils du New Jersey. Steve Bernier, un joueur de quatrième trio, a reçu une pénalité très sévère pour avoir pété la yeule en sang (au sens littéral) à un joueur de l’autre équipe (le vidéo de l’incident et un abondant commentaire sur ce geste de tata sont disponibles ici). Les Kings en ont profité pour compter 3 buts, l’issue du match était à peu près scellée à partir de ce moment et tout ce qu’il y avait à faire en attendant que la coupe ne soit décernée à Los Angeles, c’était de regarder au banc des Devils si les joueurs allaient être capables de se retenir de péter leurs bâtons sur la tête de Bernier.

Les coéquipiers sont toujours importants. Ne croyez pas ce que les journalistes sportifs peuvent essayer de vous faire avaler. Par exemple, la finale de la NBA oppose le Heat de Miami au Thunder d’Oklahoma City, mais dans presque tous les articles écrits à propos de cet affrontement, on parlait de la série comme d’un duel Lebron James (joueur le plus utile de la saison régulière) VS Kevin Durant (champion marqueur de la saison régulière). Dans les faits, oui, ces deux joueurs sont très importants, mais comme on sait d’ores et déjà que les deux vont marquer environ 35 points à chaque match, ils s’annulent mutuellement en quelque sorte. On devrait plutôt parler de l’importance de James Harden du Thunder, qui n’est pourtant pas un partant, puisqu’il est un redoutable marqueur (dû notamment au fait que c’est difficile de le défendre en un-contre-un parce que sa barbe ÉPIQUE a quelque chose d’intimidant).

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Intimidant et magique.

Cependant, cher lecteur, si tu penses que ceci n’est vrai que pour les sports d’équipe, tu es dans l’erreur.[1] En effet, les supposés « sports individuels » reposent eux aussi sur une collaboration importante avec une équipe entourant l’athlète. Je vais te le prouver avec une série d’articles, et je vais commencer par me pencher sur le cas de…

LA FORMULE 1

Cher lecteur, je t’entends déjà protester « mais Gaudette, la course automobile, est-ce bien du sport? »…

…Et bien honnêtement, j’ai pas envie de défendre les vertus de la course de chars, c’est la seule facette du monde du sport pour laquelle je n’ai absolument aucun intérêt.

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En revanche, j'ai beaucoup d'intérêt pour La barbe de James Harden. Et toi aussi, cher lecteur, tu en auras d'ici la fin de l'article, parce que LBDJH illustre mieux un article sur la Formule 1 que des photos de Bernie Ecclestone.

La conduite, en général, ne m’intéresse pas. Je peux me sauver de la police comme un champion dans n’importe quelle version de Grand Theft Auto, mais dans la vraie vie, je ne possède pas de permis de conduire. Et même si je peux imaginer que c’est vraiment difficile de conduire un bolide aussi rapidement, je ne conçois aucune raison de regarder des gens faire ça pendant 2-3 heures à la télévision. Sans parler d’aller voir ce « spectacle » des gradins.[2]

Mais il y a une raison pour laquelle la Formule 1 c’est quand même un sport d’équipe, et c’est précisément cette raison-là qui en fait un vrai de vrai sport de marde.

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Une raison secondaire qui fait de la F1 un sport de marde, c'est le port du casque qui empêche tout pilote de se faire pousser un émule de LBDJH

Je n’ai pas regardé le Grand Prix de F1 de Montréal, en fait je ne sais même pas qui a gagné. Tout ce que j’ai appris de seconde main, c’est qu’à quatre tours de la fin de la course, il y avait 3 pilotes en tête, et que ce sont 3 pilotes différents qui ont monté sur le podium au final. Comment un tel changement a-t-il pu survenir? Plein de dépassements? Un carambolage?  

Non. Ma source de seconde main m’a dit que c’était à cause d’une « stratégie aux puits » (expression codée qui veut dire que quelqu’un a fait les calculs nécessaires afin d’aller à la pompe au bon moment), ou du choix des pneus, ou une autre considération mécanique toute bête de cet acabit.

Sérieusement?

Un pilote qui conduit mieux que ses opposants gagne des fractions de seconde à chaque tour, et ce coussin de temps accumulé peut s’évaporer parce que le dude qui est chargé de changer les pneus a de la misère avec son tournevis mécanique. Une course peut être gagnée ou perdue à cause d’un calcul sur l’essence contenue dans un réservoir.

Ce serait un peu comme si une équipe de baseball perdait par forfait parce que le chauffeur de l’autobus chargé de les amener à bon port se fourrait de sortie en direction du stade et restait pogné dans le trafic pendant une heure. C’est comme si l’Espagne perdait contre l’Irlande dans un match de l’Euro parce que le responsable de l’équipement se trompait de sac, fournissant aux joueurs des Converse plutôt que des souliers à crampon. C’est comme si un joueur de hockey subissait une commotion cérébrale parce que plutôt que de mettre du Gatorade dans sa gourde, le waterboy avait mis de l’amidon.

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Ou qu'un barbier s'infiltre dans la chambre d'hôtel de James Harden pour lui ravir son swag en lui coupant sa barbe.

Autrement dit, ça confère une responsabilité disproportionnée à des membres de l’équipe qui interviennent moins d’une minute pendant une partie de 2-3 heures.

Faut vraiment avoir un esprit d’équipe incroyable quand on est pilote de Formule 1 et qu’on perd une course parce qu’un membre de notre écurie a mal vissé un boulon. Se faire saborder tout le temps qu’on a passé à rouler à 300 kilomètres/heure sans se prendre un mur dans la face juste parce qu’un mécanicien a raté un peu sa manœuvre, ça représente pour moi une raison suffisante et compréhensible pour commettre un meurtre.

Et ça c’est sans parler du fait qu’en Formule 1, les athlètes ne compétitionnent pas sur un pied d’égalité, parce qu’avant même que la saison ne débute, on sait d’ores et déjà que certaines des voitures seront plus « performantes » que les autres. Ce que ça veut dire, c’est que même le meilleur pilote au monde peut être pris avec une voiture qui a une vitesse de pointe moins rapide, moins capable de prendre des virages avec des lignes agressives, moins aérodynamique donc plus gourmande en essence, ainsi de suite.

Dans tous les autres sports, il n’existe pas une disparité aussi importante dans les équipements de tous les compétiteurs. Peut-être que Tiger Woods, qui travaille étroitement avec Nike pour la conception de son équipement, a des bâtons et des balles qui lui permettent de frapper un peu plus loin que ses adversaires. Mais la différence est minime, ce qui explique la dominance de Woods est son talent et sa capacité à être puissant et précis, pas le commanditaire qui lui fournit ses accessoires.

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Et tout athlète peut choisir de se faire pousser une barbe épique. Ça ne procure peut-être pas du talent, mais ça ne nuit pas non plus. Au contraire.

Ici aussi, les ingénieurs et techniciens responsables de la construction des bolides de Formule 1 font partie de l’équipe élargie du pilote. Et j’imagine la réaction de ce dernier quand après les premiers essais libres, il acquiert la certitude que sa voiture est moins rapide que celle des autres écuries. Difficile pour lui de ne pas répéter le monologue « Hey le cerveau, je suis toujours à un coup de volant trop sec de me transformer en boule de feu, de chair et de métal, peux-tu, SAINT-CIBOLE, me patenter un char qui roule vite? » qu’il veut servir à ses mécanos incompétents.

Je n’admire pas les pilotes de F1. Je peux comprendre que ce qu’ils font est très difficile et périlleux, mais ça attise autant mon approbation positive que le choix par quelqu’un de rendre cocu un membre de la mafia (ou du Parti Libéral, ça se ressemble un peu) : c’est peut-être très excitant et agréable, en grande partie parce que c’est dangereux, mais c’est une décision consciente et potentiellement mortelle. Par contre, je leur reconnais une grande qualité sportive : leur capacité à faire preuve d’un immense esprit d’équipe. Même si leur esprit d’équipe consiste surtout à rester concentré derrière le volant tout en sachant qu’un « détail » hors de leur contrôle, puisque pris en charge par un membre de l’équipe qui ne met pas sa vie en jeu pendant 2 heures, peut ruiner leur course.   




[1] Si tu ne le pensais pas, je te félicite. Tu peux quand même continuer à lire.

[2] En fait, il y a quelque chose qui me fascine un peu chez les spectateurs de Formule 1 qui se rendent dans les grandes villes du monde pour aller regarder un Grand Prix sur place. Tu payes une fortune pour t’asseoir sur une chaise cheap, regarder passer de temps en temps et VRAIMENT pas longtemps des voitures, et tu rentres chez toi sourd au trois-quart. Quand est-ce que c’est sensé être le fun, au juste? Si je te proposais de payer 500$ pour aller voir un match de hockey au Centre Bell, sauf que t’as juste le droit d’ouvrir les yeux pendant 7 secondes pour chaque minute de jeu, et que pendant que t’as les yeux ouverts, deux douchebags crient de toutes leurs forces dans tes oreilles quelque chose de désagréable et d’agressant (disons un medley de Black Eyed Peas et de Rihanna), je pense que tu passerais ton tour.

 

Commentaires

Stating the obvious

"Ne croyez pas ce que les journalistes sportifs peuvent essayer de vous faire avaler", dit Gaudette.

Ni Gaudette ! qui dit deux lignes plus loin : "Dans les faits, oui, ces deux joueurs sont très importants, mais comme on sait d’ores et déjà que les deux vont marquer environ 35 points à chaque match, ils s’annulent mutuellement en quelque sorte."

Ce qui est une analyse d'un quelconque quidam qui n'aurait devant lui qu'un boxscore simplifié d'après match. Regardez, ils comptent le même nombre de points, donc ils s'annulent... Ce qui ne prend nullement en compte le jeu en défensive, les matchs-ups, la manière dont ces points sont comptés, l'efficacité des lancers, le nombre de fautes provoquées, les ouvertures créées pour ses coéquipiers. James et Durant ne s'annulent nullement, et leurs talents (surhumains) sont suffisamment différents pour qu'on puisse apprécier le contraste entre leur style de jeu, et que même si statistiquement ils pourraient s'équivaloir, il ne se biffent pas l'un l'autre. Un beau lead tout croche pour souligner l'impact de James Harden... qui compte 5 points dans une victoire par 10, et 21 dans une défaite par 4. Mais je ne nie pas son apport au Thunder (ni celui de Nick Collison, qui a été très problématique durant le quatrième quart du premier match). Ce n'est pas parce que le résultat de la proto-réflexion semble correct (il faut regarder ce qui entoure la vedette surexposée médiatiquement), que le raisonnement derrière ce résultat est correct. J'ajouterais même que s'ils comptent 35 points par match et que le match se compte dans les 90, c'est qu'il y a des coéquipiers !

You don't say !

Et ensuite Gaudette nous parle de F1 en avouant qu'il n'y connait rien en mettant l'accent sur l'apport le plus neutre en F1 des équipiers (soit celui des changements de pneus, qui auront lieu au pire 3 fois durant un grand prix, pour une différence de quelques dixièmes de secondes à chaque fois). Et la disparité en F1 n'est plus ce qu'elle était, le R&D des équipes est neutralisé par les contraintes toujours plus importantes de la FIA. Bref. Je m'emporte déjà, j'ai failli créer le blogue contregaudette.wordpress.com...

Franchement Gaudette, le ratio mauvaise analyse/bonne blague était trop faible cette fois-ci, contrairement à ta pré-analyse parfaitement débile et décoincée de l'Euro, qui m'a bien fait rire. Plus de blagues de barbe et moins de lieux communs.

Je me repens (presque) complètement

Je savais bien que quelqu'un allait répondre de manière virulente à mon texte... Ça m'apprendra à vouloir sortir une chronique sur un sujet que je connais très peu alors que je suis encore affecté par le décalage-horaire et au cours d'une semaine où le niveau des chroniques de la Diago était vraiment élevé...

J'ai voulu faire simple en disant simplement que "Lebron et Durant s'annulent". Évidemment, ce n'est pas aussi simple. À preuve, Lebron a mis 30 points dans le premier match mais c'est surtout parce que Wade ne parvenait pas à ralentir Westbrook que LBJ a dû se détourner de Durant, ce qui a permis à ce dernier d'être très ouvert et en feu au 4e quart. Et la différence entre les match 1 et 2 tient en bonne partie à une meilleure utilisation de Bosh (plus près du panier adverse = plus de rebonds offensifs = moins de fast breaks pour le Thunder). Mais j'ai coupé court parce que je voulais parler de la F1 en intercalant des images de La Barbe de James Harden, et je me suis contenté d'une bête analyse pour introduire LBDJH

Je tiens à me défendre plus fermement contre ta critique de ma critique de la F1. Oui, j'admets ne pas suivre ce sport, mais je m'y suis déjà un peu intéressé, et même si depuis quelques années la FIA a travaillé à imposer une équité mécanique entre les écuries, il n'en demeure pas moins que ce sont peut-être plutôt les écuries de tête qui se sont nivelées, mais que celles de bas de classement traînent toujours derrière. Et oui, le choix du pneu ne créé pas un gain de temps très appréciable, mais si le mécanicien chargé de poser le dit pneu l'échappe et fait en sorte que l'arrêt aux puits dure 25 secondes plutôt que 5 secondes, c'est une différence ÉNORME que le pilote va galérer à récupérer. Lewis Hamilton n'a-t-il pas perdu un championnat du monde parce qu'il a fait une panne d'essence à une centaine de mètres du fil d'arrivée de la dernière course de la saison il y a quelques années?

Peut-être que ces exemples sont des cas extrêmes, mais il n'en demeure pas moins que "l'équipe" du pilote peut avoir une incidence énorme sur le rendement de ce dernier, et la part de responsabilité qui incombe aux autres membres de l'équipe m'apparaît démesurée considérant que c'est le pilote qui risque sa vie pendant 2 heures.

Enfin, je te promets de me reprendre dans la suite de mes articles.

Et pour ce qui est de l'idée de t'ouvrir un blogue concurrent, je ne vois pas pourquoi tu occuperais un obscur recoin du Web pour entretenir un beef avec moi alors que nous avons une section "chroniqueurs invités" qui sert à cela! C'est dans cet espace que j'ai commencé ma carrière de chroniqueur pour la Diagonale. J'aurais continué à n'écrire que des chroniques désopilantes sur une base irrégulières, mais le salaire faramineux qu'ils m'ont proposé m'a convaincu de joindre leur équipe (d'ailleurs ça me rappelle que je dois renouveler mon contrat, tiens, je vais leur demander de payer mon abonnement à ESPN Classic et à NBA TV). Si tu veux écrire un article comme "Contrairement à ce que dit Gaudette-le-débile, la F1 n'est pas un sport de marde" ou "J'aime plus La Barbe De James Harden que Gaudette-le-simplet et voici pourquoi", nous le publierons avec plaisir!